Ces rencontres avec eux

Un film de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub

Sortie le 18 octobre 2006
Synopsis :

Les cinq derniers Dialogues avec Leucò de Cesare Pavese

Propos :

Il note dans le Journal : « Le stoïcisme est le suicide. D’ailleurs les gens ont recommencé à mourir sur les fronts. S’il y a jamais un monde pacifique, heureux, que pensera-t-il de ces choses ? Peut-être ce que nous pensons des cannibales, des sacrifices aztèques, des procès aux sorcières. » Dernière tentative de contact humain : un soir il se décide à aller, seul, entendre un orchestre. Il se rend à la salle Gai, où l’on danse. Il entre avec désinvolture, bien qu’il ne sache pas danser. Il rencontre une fille, seule aussi, jeune, assez jolie ; il la regarde, elle lui sourit ; ils sortent ensemble. Le lendemain de cette rencontre, le 16 août, il écrit : « Pourquoi mourir ? Les suicides sont des homicides timides. Masochisme au lieu de sadisme. Je n’ai plus rien à demander. » Puis, le 17 août : « Je regarde le bilan de l’année que je ne finirai pas. Il suffit d’un peu de courage. »

Le même jour il écrit sa dernière lettre à sa sœur, qui se trouve à Serralunga. Maria était très religieuse :

Dieu m’a donné de grands dons. Il a pourtant donné à beaucoup le cancer, il en a créé d’autres idiots, il en a fait tomber d’autres tout petits. On ne voit guère où est cette grande bonté. Voici 5 000 lires pour le curé de Castellazzo, pour qu’il continue à prêcher ses sornettes, espérons qu’il y croie, au moins lui. Porte-toi bien. Moi je me porte bien comme un poisson dans la glace.

Cesare.

Sa sœur se hâte de rentrer à Turin. Elle le trouve d’une maigreur impressionnante, les yeux creusés, rougis. « Que fais-tu », lui demande-t-elle, « tu ne manges pas ? » Pas de réponse comme d’habitude. Le jour, dans un poêle qu’il a placé au milieu de sa chambre, il brûle des lettres, des écrits, des documents, des photographies. Deux jours durant. Il passe les nuits toutes les lumières allumées, mais ne se plaint plus ni d’insomnie, ni d’asthme. Il est devenu étrangement patient, presque gentil. Il n’écrit plus dans son journal, ne lit plus. Il téléphone souvent, presque toujours à la jeune fille rencontrée à la salle Gai. Le samedi 26 août au matin, il prie sa sœur de lui préparer la petite valise qu’il prend habituellement pour ses voyages. Maria ne s’étonne pas. Il se rendait à peu près tous les samedis hors de Turin, avec les Ruatta ou les Rubino. Ce jour-là, il se rend à la rédaction de « L’Unità ». Il trouve Paolo Spriano, un de ses jeunes amis, et lui demande seulement s’il existe une photographie de lui dans les archives du journal. Spriano lui en montre plusieurs. « Celle-ci est bonne » dit Pavese en indiquant celle où il a l’air le plus triste. Puis il s’en va en souriant. Dans les premières heures de l’après-midi, après avoir mis dans sa valise les Dialogues avec Leucò, il quitte la maison de Via Lamarmora, sur un simple geste de salut, comme toujours. Il prend le tram en direction de Porta Nuova, mais au lieu d’aller vers la gare, il gagne l’Hôtel Roma. Il demande une chambre avec téléphone. On lui en donne une au troisième étage. Il se retire dans sa chambre et se met à téléphoner sans arrêt. [...] Pavese téléphone en dernier lieu à la jeune fille de la salle Gai. Mais la réponse est dure. La standardiste de l’hôtel s’en souviendra : « Je ne viens pas car tu as mauvais caractère et tu m’ennuies. » Pavese raccroche le téléphone. Il ne descend pas dîner. Le soir du dimanche 27 août, à huit heures et demie, un valet de chambre, préoccupé de n’avoir pas vu ce client de toute la journée, frappe à la porte, puis se décide à la forcer. Quand la porte cède, un chat se glisse dans la chambre. Pavese est mort. Il repose tout habillé sur le lit. Il n’a ôté que ses chaussures. Sur la table de nuit, les enveloppes des seize cachets de somnifère qu’il a avalés. Et un exemplaire des Dialogues avec Leucò ouvert à la première page avec ces mots : « Je pardonne à tout le monde et je demande pardon à tout le monde. Ça va ? Pas trop de bavardages s’il vous plaît. » [...] Le matin du lundi 28 août, je reçus un express à Vinchio. Ayant reconnu l’écriture de Pavese, j’étais sûr qu’il m’annonçait le jour de son arrivée. Mais je n’eus pas le temps de lire la lettre, car sur le journal de ce lundi matin j’aperçus la photographie de Pavese avec la nouvelle. La lettre qu’il m’avait envoyée de Turin, datée du 25 août au soir, finissait ainsi :

Étant donné qu’on parle de mes amours des Alpes à Cap Passero, je te dirai seulement que, comme Cortez, j’ai brûlé derrière moi mes navires. Je ne sais si je trouverai le trésor de Montezuma, mais je sais que sur le haut plateau de Tenochtitlan on fait des sacrifices humains. Depuis de nombreuses années je ne pensais plus à ces choses, j’écrivais. Maintenant je n’écrirai plus ! Avec la même obstination, avec la même volonté stoïque des Langhe, je ferai mon voyage au royaume des morts. Si tu veux savoir qui je suis à présent, relis « la bête sauvage » dans les Dialogues avec Leucò : comme toujours, j’avais tout prévu il y a cinq ans. Moins tu parleras de cette histoire avec les « gens », plus je t’en serai reconnaissant. Mais le pourrai-je encore ? Tu sais ce que tu auras à faire. Ciao pour toujours. ton Cesare.

(extraits de Davide Lajolo, Cesare Pavese. « Le vice absurde », traduit de l’italien par Dominique Fernandez, Éditions Gallimard, 1963).

Biographie de Cesare Pavese :

Cesare Pavese est né dans les Langhe (Piémont), le 9 septembre 1908. Il fait toutes ses études à Turin, soutient une thèse sur Walt Whitman et, vers 1930, commence à écrire des poésies. Il vit tant bien que mal en enseignant et en traduisant des écrivains anglo-saxons, collabore à la revue La Cultura et fréquente le milieu turinois d’intellectuels antifascistes. Il commence à travailler pour la maison d’édition Einaudi avant d’être envoyé en relégation en Calabre entre 1935 et 1937. Pendant la guerre, il se cache dans les collines piémontaises, puis poursuit son activité d’éditeur, d’écrivain et de poète. Il met fin à ses jours à Turin, le 26 août 1950. Son œuvre a été entièrement traduite aux Éditions Gallimard : Avant que le coq chante, Le Bel été, Le Métier de vivre (Journal), Dialogues avec Leucò, La Lune et les feux précédé de La Plage, Le Camarade, Poésie (Travailler fatigue, La Mort viendra et elle aura tes yeux), Lettres (1924-1950), Nuit de fête et autres récits suivi de Grand feu, Salut Massino, Littérature et société suivi de Le Mythe.

L’incroyable relief des choses dans l’air

APRÈS LE DÉLUGE

- tu verras que le monde nouveau aura quelque chose de divin...


Pays : France
Format : 35 mm - 1.37
Son : Dolby SRD
Durée : 1h08
Fiche artistique :

1. Angela Nugara - Vittorio Vigneri
2. Grazia Orsi - Romano Guelfi
3. Angela Durantini - Enrico Achilli
4. Giovanna Daddi - Dario Marconcini
5. Andrea Bacci - Andrea Balducci

Fiche technique :

Réalisation : Danièle Huillet et Jean-Marie Straub
Image : Renato Berta - Jean-Paul Toraille - Marion Befve
Son : Jean-Pierre Duret - Dimitri Haulet - Jean-Pierre Laforce
Assistants : Kamel Belaïd - Arnaud Maillet - Giulio Bursi - Maurizio Buquicchio

Pièces jointes :
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Format : Zip
Taile : 1.2 Mo
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