De particulier à particulier

Un film de Brice Cauvin

Sortie le 19 avril 2006
Synopsis :

L’histoire d’un couple qui s’apprête à partir à Venise mais qui n’a plus envie d’y aller...
L’histoire d’une famille de parisiens qui veulent déménager mais ne savent plus très bien pourquoi, où, ni comment...
Et aussi l’histoire d’un homme qui se croit embarqué dans une affaire de terrorisme et d’une femme qui se demande lequel des deux est le plus fou...

Mais toutes ces histoires ne sont celles que d’un seul couple dans ce film :
Philippe et Marion, un couple en pleine renaissance ...

débat en présence du réalisateur :

lundi 5 juin à 20h
au cinéma Archipel
17 bd de Strasbourg
dans le 10ème à Paris

Bio filmographie du réalisateur :

Etudiant en Hipokhâgne et Khâgne, Brice CAUVIN poursuit ses études en lettres et s’intéresse plus particulièrement à la linguistique. Il fait un mémoire : “ une étude du langage de cinéma ” qui l’amènera à collaborer à l’écriture de scénarios. Mais c’est la mise en scène qui l’intéresse plus que tout et pendant 12 ans, il va exercer le métier d’assistant réalisateur auprès de Romain Goupil, Nicole Garcia, Maurice Pialat, Pierre Salvadori, Philippe Harel. Il a réalisé 4 courts-métrages et un documentaire. Il est intervenant réalisateur à la Femis département réalisation depuis 5 ans.

Filmographie _
Faux-bourdon - 1990 Sélectionné aux Césars
Haute-Fidélité - 1999
Irène - 2001
Il en manque un - 2002
Palais Royal - 2005 (Documentaire)

Entretien avec le réalisateur :

De particulier à particulier fait le portrait d’un couple ... singulier :
Pour moi, un « couple », ça n’existe pas. J’ai l’impression qu’on essaye de figer quelque chose qui n’existe qu’en mouvement. Un couple qui doute n’est pas un couple en voie de décomposition. Je voulais justement montrer qu’une histoire d’amour est possible malgré le doute, que l’amour se construit aussi sur des moments difficiles, fragiles. Le doute est le moteur de cette histoire, ce qui fait de Philippe et Marion des personnages vivants, avec des contours flous.

Le film commence sur un mensonge a priori anodin : Marion et Philippe disent qu’ils sont partis en voyage à Venise...
Plus qu’un mensonge, c’est un jeu. Marion et Philippe n’ont pas envie d’aller à Venise car ils ressentent ce voyage comme un passage obligé. En même temps, c’est aussi une réaction immature : Venise trimballe des clichés lourdingues, mais c’est aussi un endroit fantastique ! C’est justement parce qu’ils n’y sont pas allés que Marion et Philippe ne dépassent pas ce cliché. Il faut d’abord qu’ils trouvent leur Venise à eux, c’est ce qu’ils vont faire pendant tout l_e film...

Avant cela, ils vont devoir passer par beaucoup de détours, d’incertitudes que traduit notamment leur rapport au langage...
Les mots dans mon film ont souvent un usage très particulier. J’ai écrit des dialogues dont le sens peut être multiple et que la direction d’acteur peut sans cesse modifier. Parfois j’en suis arrivé à ce que les acteurs expriment presque l’inverse de ce que leurs mots disaient ! Hélène et Laurent étaient souvent stupéfaits du sens que j’espérais de leurs mots. Par exemple : Marion propose de ramener le sac, Philippe dit que c’est trop tard. Non pas qu’il ne soit pas d’accord avec elle mais c’est comme s’il voulait tester la solidité de la proposition de Marion ! Dans la scène suivante d’ailleurs, c’est lui d’ailleurs qui proposera de ramener le sac... Je trouve que c’est dans ce flottement, dans cette ambiguïté que se situe la vérité des mots et des êtres.

D’où est venue l’idée que le doute s’insinue de manière plus générale et politique, notamment avec la menace terroriste ? :
Le doute c’est aussi l’expression de l’anxiété. On part d’un petit mensonge amusant et ça se transforme en une peur panique... À cause des menaces d’attentats, Philippe et Marion vont éprouver un sentiment d’inquiétude plus global, celui du monde qui les entoure. Le petit mensonge amusant va ricocher sur ce sentiment d’inquiétude et prendre du coup un tour angoissant. Cet enchevêtrement va aboutir à un sentiment de grande paranoïa. Leur anxiété est si forte que pendant un temps, ils vont s’approprier cette peur collective. Jusqu’à imaginer qu’ils sont impliqués dans une histoire de terrorisme... Parfois nous devenons les histoires que nous nous racontons... Pourtant la vraie peur est ailleurs, elle est entre eux, dans leur vie à deux, leur vie avec deux enfants, un appartement à chercher et une fonction sociale. C’est ça qui est terrorisant, bien plus que les bombes... Ils se sont trompés de piste !

Il y a effectivement beaucoup de fausses pistes...
Je préfère parler de mauvaises pistes. Une fausse piste implique une manipulation du spectateur. Une mauvaise piste, ce sont les personnages qui se trompent. Sophie (Julie Gayet) est elle une garce ou est-ce le regard de Marion qui la voit ainsi parce que ça l’arrange ? Mes personnages ne sont jamais clairs, ils sont toujours dans le « un peu » ; Il me semble que si les personnages sont trop définis, ils perdent de leur réalité.

Les choses qui arrivent à Marion et Philippe donnent elles aussi l’impression d’arriver « comme dans la vie », de manière un peu lâche, non articulée dans une machine scénaristique...
J’ai constaté qu’il y avait toujours une trahison à l’explication rationnelle des choses. Parfois les choses semblent s’expliquer, mais souvent, il s’agit d’une représentation mentale. Ce qui me plaît dans un récit, c’est que chaque spectateur puisse faire son chemin. J’ai toujours pensé que la vérité incluait une forme d’ambiguïté. C’est pour cela que je me méfie des récits linéaires. Je préfère laisser tomber les mécanismes « causes - effets », laisser le spectateur libre de ses interprétations, choisir le premier plan ou l’arrière-plan, une explication ou une autre, qu’il comprenne que dans ce film il faut envisager les choses intuitivement... Les ellipses temporelles ont cette fonction, comme autant de trous que l’imaginaire peut investir... Ce qu’on voit est important, ce qu’on voit moins l’est tout autant, mais c’est le travail du spectateur qui est favorisé.

Vous aimez beaucoup les plans larges...
C’est vrai que mon film est plutôt fait de plans larges et fixes. Je n’aime pas mettre l’accent sur une chose, ou une émotion. Dans un plan, je cherche à donner au spectateur des informations brutes qu’il doit trier. J’ai l’impression que ça rend le spectateur plus actif, participatif, j’ai envie qu’il se pose des questions en permanence. Et puis ça évite la psychologie...

On sent que vous aimez filmer les lieux...
Oui parce que le spectateur y fait une « chasses aux indices » ! Si dans un film il n’y a pas aucun plan serré, le spectateur sent qu’il doit traquer des signes dans les décors. Parfois aussi, j’essaie de trouver l’élément qui suffit à comprendre où l’on se trouve, avec un plan abstrait. Pour les Galeries Lafayette par exemple, tout est dans la tonalité du plan, dans les bleus et rouges. Cela nous fait comprendre qu’on est à la période des Fêtes de Noël, pas besoin d’un plan large du magasin ! Et d’ailleurs le plan est en plus totalement flou !

Comment avez-vous imaginé l’appartement de Philippe et Marion ? :
L’appartement de Philippe et Marion n’est ni fonctionnel, ni adapté à leur vie familiale. Encore un refus des conventions. Pourtant un appartement pratique leur rendrait la vie plus facile. Mais ils n’en veulent pas, comme Venise. C’est aussi pour ça qu’il n’y a rien sur les murs, comme s’ils étaient dans du provisoire... qui dure depuis 10 ans ! Le déco du film avait du coup peur qu’on ne puisse pas distinguer les pièces. Je me suis inspiré des teintes du peintre Djamel Tatah. Il y a dans ses toiles, une grande mélancolie mais aussi un refus de sentimentalisme dont je me sens très proche. Ce que j’aime également dans ses tableaux, c’est qu’ils n’ont pas de titre. Moi aussi j’aurais aimé que mon film n’ait pas de titre.

Il en a un, pourtant...
Parce que ce n’était pas possible autrement. Et au final, j’y suis attaché parce qu’il est là depuis longtemps et...qu’il ne correspond « qu’un peu » au film !

Comment s’est passée l’écriture du scénario ? :
Je voulais partir d’une situation concrète pour arriver à une sorte d’abstraction....J’ai écrit seul, mais j’ai travaillé avec des intervenants : Jérôme Beaujour qui m’a permis un jeu de ping-pong très stimulant. Il a conforté le côté un peu abstrait du film, les ellipses temporelles, les dimensions de compréhension multiples... Il trouvait qu’il y avait un côté Sixième Sens dans le scénario et cela l’excitait beaucoup !! Pierre Schoeller m’a apporté le côté plus quotidien des personnages, des choses concrètes que j’ai beaucoup coupées au montages, mais qui m’avaient permis de construire le scénario. Un peu comme un châssis que j’aurais retiré.

Selon vous, quel est le statut des photos de Venise que Marion trouve dans sa pochette ? :
Tout est j’espère possible ! une erreur du vendeur photo ou... une irruption fantastique... ou encore une manipulation politique... Au Festival de Berlin, tout le monde y allait de son interprétation et avec certitude ! Je tenais à ces différents registres de lecture : Il y a même des gens qui m’ont certifié que Simon était un agent du Mossad ...

Vous déclinez beaucoup de rapports trompeurs aux images : les images d’Epinal, les visions de Marion et Philippe, les images post-synchronisées... Mais elles ne font pas que tromper. Elles sont aussi porteuses de vérité et d’émotion, comme c’est le cas lorsque Philippe pleure devant le feuilleton doublé par Marion...
Il y a les clichés avec lesquels je joue et ceux avec qui les personnages jouent : les photos -les clichés- de Venise ! Pour le sitcom, je voulais que cette scène puisse prêter à rire, puis à pleurer. Quand on voit Marion doubler ce feuilleton au début, on est dans la comédie. Avec Philippe, elle nous émeut. Finalement, l’émotion n’est qu’une histoire de contexte. C’est comme pour les chansons d’amour idiotes !... Au-delà de ce premier degré, il y a aussi l’idée que mes personnages ont souvent des émotions par procuration. C’est à travers cette image un peu caricaturale que Philippe prend conscience que Marion lui manque... Enfin il va accepter le cliché. Venise n’est plus très loin...

Par procuration ou comme le signe du chemin à suivre ? Car après avoir vu le feuilleton, Philippe va se décider à bouger...
Oui, cette scène sert à montrer que Philippe accepte enfin d’avoir enfin des émotions primaires, il n’est plus dans la moquerie. Ce chemin, il l’a trouvé auprès de Simon qui incarne la joie de vivre, la peur de rien...

L’amour maternel de Marion prend des proportions parfois effrayantes. On a presque l’impression d’une mère louve...
Oui, on ne sait plus très bien si elle est encore la mère ou devenue la grande sœur... Cet amour maternel a d’ailleurs été le point de départ du film. Le personnage masculin est arrivé parce qu’il fallait un père à ces enfants ! Puis je me suis rendu compte que je construisais ce père un peu comme la mère... Finalement ces deux-là ne font qu’un... Il y a un côté jumeaux dans le couple que forme Philippe et Marion...

L’amour se mérite... Les belles images aussi. La fin du film pourrait tomber dans l’image d’Epinal, notamment la famille dans le bateau. Mais elle n’en est pas une. Sans doute parce qu’il y a justement tout ce trajet qui précède....
Oui ils sont beaux comme dans une image, mais plus rassérénés qu’heureux. Comme après des épreuves. Je voulais aussi que ce lieu soit une émotion aussi forte qu’un voyage à Venise ! Je me suis amusé avec par exemple le tee-shirt rayé de Philippe qui est un peu celui des gondoliers. Venise n’est pas en Italie ! comme le chante Reggiani...

Ces images de la Syrie à la fin, c’est vraiment « Venise sans les touristes » ? :
Je voulais trouver un endroit où les gens travaillent mais beau comme Venise ! C’est pour ça qu’il y a toutes ces images de pêcheurs. Il y a aussi l’idée que Philippe et Marion ne sont enfin plus des « touristes » eux-mêmes...

Pourquoi Philippe ne va-t-il pas retrouver Marion dès qu’il la voit sur la colline avec leurs deux enfants ? :
Philippe est saisi de stupeur quand il voit le ventre plat de Marion. Il faut avant de la retrouver, qu’il lui montre qu’il savait qu’elle attendait ce bébé. C’est comme ça aussi qu’il lui montre qu’il va enfin accepter son rôle de père.

Hélène Fillières dégage une douceur qui avait été rarement été filmée jusqu’ici...
Hélène est une excellente comédienne. C’est parce qu’on ne lui pas proposé cette douceur qu’elle ne l’a jamais jouée. C’était un plaisir de découvrir avec elle des facettes inédites de son talent. Il y a quelque chose de très simple chez Hélène qui est encore plus séduisant que sa jolie moue ! Au scénario, le personnage était un peu plus border line ; Hélène ne s’est pas complue dans cette direction qui aurait été facile pour elle. Elle en a fait un personnage plus complexe, doux et fort. Et du coup jamais une victime délaissée par son mari...

Et Laurent Lucas ? :
Laurent a souvent été utilisé pour son côté effrayant mais, comme Marion il y a aussi quelque chose de très doux en lui. Il a une dimension « romantique » que j’ai voulu exploiter. Et puis Laurent adore composer, chercher. C’est une éponge, tout ce qu’on peut lui dire, on le retrouve à l’écran. C’est merveilleux pour quelqu’un comme moi qui demande aux acteurs d’exprimer des émotions contradictoires dans un même plan ! C’était très stimulant.

Julie Gayet aussi est employée un peu à contre-emploi...
Julie est une fille qui a une image de perfection. Je la connais depuis longtemps et j’avais envie d’utiliser ce rayonnement de manière plus ambiguë, que l’on se demande si ce côté tellement sympathique ne peut pas cacher autre chose...

Et Anouk Aimé ? :
Je la voulais sans lunettes et en baskets ! J’adorais Anouk Aimé dans Lola de Jacques Demy et je trouvais que le personnage de Nelly n’était finalement pas si loin de Lola... alors quand elle a accepté... ça a été une belle et grande surprise

Et Anthony Roth Costanzo dans le rôle de Simon ? :
Je cherchais un être vif mais qui incarne aussi la joie de vivre, la fantaisie. Une sorte d’ange dont on se demande s’il existe vraiment... Anthony ressemble au personnage. Quand il s’est mis à chanter, il a conquis toute l’équipe !

Et la musique ? :
Philippe Miller a composé la musique originale. Je voulais un registre musical indéfinissable, à la fois joli et étrange, avec un petit côté musique contemporaine qui fait qu’on ne sait pas sur quel pied danser.

Pourquoi avoir choisi que Marion travaille dans la postsynchronisation ? :
Je cherchais un travail qui n’en soit pas vraiment un... mais quelque chose où elle serait pourtant enfin...synchrone ... !

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Format : QuickTime
Taile : 5.3 Mo

Pays : France
Durée : 1H35
Format : 35 mm - 1.85
Son : DTS SR
Fiche artistique :

Marion : Hélène FILLIÈRES
Philippe : Laurent LUCAS
Nelly : Anouk AIMEE
Simon : Anthony ROTH COSTANZO
Sophie : Julie GAYET
Madame Fargeon : Sabine HAUDEPIN

Fiche technique :

Réalisation : Brice CAUVIN
Image : Marc TEVANIAN
Son : Pierre TUCAT
Montage : Agathe CAUVIN
Mixage : Benjamin VIAU
Musique : Philippe MILLER
Décoration : Philippe VAN HERWIJNEN
Direction de production : Jean-Paul GUYON
Production déléguée : Marc IRMER

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